« La ressemblance n’existe pas en soi : elle n’est pas qu’un cas particulier de la différence, celui où la différence tend vers zéro ». Une citation particulière pour un personnage particulier. Venez découvrir cette personnalité mythique.
Presque un politicien
Issu d’une famille de peintre, Claude Lévi-Strauss est né le 28 novembre 1908 à Bruxelles. Il passe son enfance à Paris dans une famille désargentée et cultivée, où la musique prend une place très importante. Rapidement, il montre un goût prononcé pour les « curiosités exotiques » et prépare déjà des « expéditions » dans la capitale et ses alentours. A la Première Guerre mondiale, son père est mobilisé et tout le reste de la famille se réfugie chez le grand-père maternel, grand rabbin de Versailles. A la fin du conflit, il entre au lycée Janson-de-Sailly à Paris où il s’intéressera très vite à la politique. A la fin de ses années de lycée, il fait la connaissance d’un jeune socialiste d’un parti belge et s’engage alors à gauche. Il connaît alors les différentes références de ce parti, dont Marx dont il ignorait jusqu’alors l’existence.
Devenu militant SFIO, il deviendra même secrétaire général de la fédération des étudiants socialistes. Il écrit son premier texte, sur Gracchus Babeuf, dans une revue socialiste belge. Après une hypokhâgne à Condorcet en 1926, il se lance dans des études de droit et de philosophie. Toutefois, il se lasse du droit et choisit plutôt de se consacrer à la philosophie, dont il devient agrégé en 1931, à moins de 23 ans, en même temps que Simone Weil. Alors professeur à Mont-de-Marsan, il se porte candidat socialiste aux élections cantonales de 1932. Son entreprise tourne toutefois court après un accident de voiture en compagnie de Pierre Dreyfus, futur PDG de Renault et ministre de François Mitterrand. Muté l’année suivante à Laon, il découvre l’ethnologie en lisant Robert Lowie. S’il cesse ses activités militantes à son départ pour le Brésil, il n’a pas pour autant abandonné son goût pour la politique. Cependant, ce voyage annonce la fin de sa carrière politique naissante.
Une voie ouverte à l’ethnologie
Le jeune philosophe qui cherchait sa voie a alors une révélation. Poussé par Paul Nizan qui lui fait rencontré Marcel Mauss, le maître de l’ethnographie, son intérêt pour cette dernière grandit. Après deux ans d’enseignement de la philosophie, le directeur de ENS, Célectin Bouglé, lui téléphone pour lui proposer de devenir membre de la mission universitaire au Brésil, en tant que professeur de sociologie à l’université Sao Paulo, où il enseigne de 1935 à 1938. C’est ce coup de téléphone qui a décidé de la vocation ethnographie de Lévi-Strauss, explique-t-il dans Tristes Tropiques.
Par la suite, avec sa femme Dina, ethnologue de formation, il réalise plusieurs missions ethnographiques en Amazonie et au Mato Grosso. Ses première enquêtes de terrain le laisse perplexe : « J’étais dans un état d’excitation intellectuelle intense. Je me sentais revivre les aventures des premiers voyageurs du XVI° siècle. Pour mon compte, je découvrais le Nouveau Monde. Tout me semblait fabuleux, les paysages, les animaux, les plantes … ». L’ethnologie donne enfin un sens à sa vie intellectuelle : « Comme histoire qui rejoint par ses deux extrémités celle du monde et la mienne, elle dévoile du même coup leur commune raison … Elle réconcilie mon caractère et ma vie ». Denis Bertholet ajouta dans sa biographie que « l’ethnologie jeté un pont entre psychanalyse et marxisme d’un côté, géologie de l’autre. Lévi-Strauss a trouvé la science dans laquelle se marient toutes ses grandes passions ». Toutes se missions qu’il effectuera dans l’Etat du Mato Grosso auprès de la population indienne lui permettent de réunir les premiers matériaux qui seront à la base de sa thèse sur Les structures élémentaires de la parenté, en 1949. Il tient une exposition à paris en 1936 à partir de ses premières enquêtes. Cela lui permet d’avoir la reconnaissance des ses paris du Musée de l’Homme et d’acquérir des crédits pour ses nouvelles expéditions. Les peuples qu’il explore sont décimés par les maladies de l’homme blanc, mais ils ne sont pas encore ni soumis ni envahis. Certains n’ont jamais vu de Blancs. Comme beaucoup d’ethnologue, Lévi-Strauss ressent qu’il tente de mettre en valeur et en lumière ces civilisations qui disparaissent.
La création du structuralisme
Pendant la seconde guerre mondiale, alors qu’il s’est réfugié au Etats-Unis, il fait la rencontre de Roman Jackobson dont il suit les cours. C’est une rencontre décisive sur un plan intellectuel. La linguistique structurale lui amène les éléments théoriques qui lui manquaient pour mettre au point son travail d’ethnologue sur le système de parenté. Il s’engage volontairement dans les forces françaises libres, il est affecté à la mission scientifique française et crée en 1942 avec d’autres l’Ecole Libre des Hautes Etudes.
En 1955, il publie les Tristes tropiques qui marquent un tournant. Le professeur devient un écrivain et savant mondialement connu. Récit de voyage autant qu’itinéraire initiatique, bilan autobiographique et philosophique, œuvre littéraire dans la double filiation de Montaigne et de Rousseau. Tristes Tropiques provoque une onde de choc. Dans cette époque d’éveil du Tiers-monde, l’effet de ce plaidoyer humaniste sera immense et universel et fera de ce livre un chef d’œuvre de la littérature XX° siècle.
« Pendant vingt ans, levé à l’aube, soûlé de mythes, j’ai véritablement vécu dans un autre monde », avoue-t-il. Il publie ainsi plusieurs volumes dont Le Cru et le cuit, Du miel aux cendres, l’Origine des manières de table… Il veut démontrer que les mythes ne sont pas aussi fantaisistes et arbitraires que ce que l’on dit.
Une retraite agitée
Notre célèbre ethnologue prend sa retraite en 1982. Il ne cesse cependant pas le travail et les voyages. (Canada, Japon, Brésil. Pour ses 80 ans, le Musée de l’Homme lui consacre une grande rétrospective, « Les Amériques de Claude Lévi-Strauss ». Il publie en 1991 Histoire du Lynx, un retour aux sources mythologiques du dualisme amérindiens et un hommage à l’ouverture à l’Autre que manifestèrent les Indiens lors de leurs premiers contacts avec les Blancs.
Pour conclure, Claude Lévi-Strauss n’aimait pas les voyages et les explorateurs. Il préférait étudier à l’ombre des bibliothèques pour construire ses œuvres. Issue d’une famille cultivée, il s’intéresse à la peinture, la littérature, l’opéra et la musique. Cependant, bien qu’il étudie le monde actuel, il est loin des penseurs engagés. Il préfère le conservatisme philosophique et souffre « d’une sorte de déracinement chronique ».
Mélodie Moulin

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